01Fev

L’Afrique n’est pas pauvre par nature. Elle est riche en ressources, riche en jeunesse, riche en potentiel stratégique. Pourtant, elle demeure en retard sur presque tous les indicateurs de développement humain, d’industrialisation et de souveraineté économique.

Ce paradoxe n’est ni un mystère, ni une fatalité historique.

Il est le produit d’un système politique profondément enraciné : l’inaptocratie.

Un régime où l’incompétence devient un critère d’ascension politique, où la loyauté remplace la compétence, et où l’État est confisqué par des élites incapables de transformer les richesses nationales en progrès collectif.

L’inaptocratie : une pathologie du pouvoir africain postcolonial

Après les indépendances, beaucoup d’États africains n’ont pas construit des institutions fortes. Ils ont construit des régimes de contrôle politique.

Au lieu de former des administrations modernes : – on a installé des réseaux de fidélité

– on a politisé la fonction publique

– on a marginalisé les technocrates

– on a concentré le pouvoir entre quelques mains

Le résultat fut la naissance d’une culture où gouverner ne signifiait plus gérer efficacement, mais se maintenir au pouvoir.

C’est dans ce terreau qu’a prospéré l’inaptocratie.

Quand l’obéissance devient plus importante que le savoir

Dans de nombreux pays africains, les postes stratégiques sont confiés non à ceux qui maîtrisent l’économie, la santé, l’énergie ou l’éducation, mais à ceux qui maîtrisent l’allégeance politique.

Ainsi :

• des ministres sans expertise technique dirigent des secteurs complexes

• des entreprises publiques deviennent des outils politiques

• les décisions sont improvisées plutôt que planifiées

Un État dirigé par l’incompétence ne peut produire que le désordre.

Manifestations concrètes de l’inaptocratie à travers l’Afrique

L’inaptocratie ne s’exprime pas partout de la même manière, mais ses conséquences sont étonnamment similaires.

En Afrique centrale

Des pays extrêmement riches en ressources minières restent parmi les plus pauvres du monde. Malgré le cobalt, le cuivre, l’or, l’uranium ou le pétrole, les infrastructures sont délabrées, les services publics inexistants et l’insécurité permanente. L’incapacité étatique empêche toute transformation économique réelle.

En Afrique de l’Ouest

Plusieurs États connaissent une corruption chronique, une mauvaise gestion budgétaire et une instabilité institutionnelle qui bloquent l’investissement, détruisent la confiance publique et entretiennent la pauvreté.

En Afrique australe et orientale

Même là où existent des économies plus structurées, l’inaptocratie se traduit par une mauvaise planification, une dépendance excessive aux matières premières et des crises sociales récurrentes.

Partout, le schéma est identique :

richesse potentielle – mauvaise gouvernance – stagnation.

Inaptocratie et dépendance internationale

Un pouvoir incompétent ne peut défendre les intérêts nationaux.

C’est pourquoi beaucoup d’États africains :

négocient mal leurs contrats miniers et pétroliers

s’endettent sans stratégie claire

acceptent des accords déséquilibrés

perdent progressivement leur souveraineté économique

La domination étrangère ne commence pas par la force militaire.

Elle commence par la faiblesse institutionnelle.

Et cette faiblesse est produite par l’inaptocratie.

Le coût humain d’un continent mal gouverné

Pendant que les élites politiques se protègent :

la jeunesse fuit par l’émigration clandestine

les systèmes éducatifs se dégradent

les hôpitaux manquent de tout

les classes moyennes disparaissent

L’inaptocratie ne vole pas seulement l’argent public.

Elle vole l’avenir.

Pourquoi l’inaptocratie résiste au changement

Parce qu’elle s’auto-protège.

Elle :

• écarte les cadres compétents

• neutralise les intellectuels critiques

• contrôle les institutions

• instrumentalise les élections

• affaiblit la société civile

Tout système fondé sur l’incompétence craint la compétence.

L’illusion des changements de dirigeants

L’Afrique a souvent changé de présidents sans changer de système.

Or, remplacer un dirigeant sans transformer la logique du pouvoir ne produit aucune rupture.

Tant que : – la loyauté primera sur la compétence

– les institutions resteront politisées

– la gouvernance restera personnelle

l’inaptocratie continuera, quel que soit le nom au sommet.

La seule voie de sortie : la révolution de la compétence

Le véritable développement africain passera par :

> des institutions indépendantes et fortes

> la méritocratie réelle

> la transparence publique

> la planification économique sérieuse

> la responsabilité politique

Sans cela, aucune aide extérieure ne sauvera l’Afrique.

Conclusion : le combat central du XXIᵉ siècle africain

L’Afrique ne souffre pas d’un manque de ressources.

Elle souffre d’un excès d’inaptitude politique institutionnalisée.

L’inaptocratie est aujourd’hui l’un des plus grands ennemis du progrès africain, plus destructrice que la colonisation elle-même dans ses effets contemporains.

Briser ce système n’est pas une option idéologique.

C’est une nécessité historique.

Tant que l’incompétence restera un passeport pour le pouvoir,

le développement restera un mirage.